Question
Certains disent que la célébration de la naissance du Prophète - paix et
bénédiction de Dieu sur lui - est une innovation qui n’avait pas lieu de son
temps ni du temps des compagnons et des pieux prédecesseurs. Ils disent que
c’est une innovation blâmable et un égarement qui mène au Feu. Quelle est
l’opinion correcte à ce sujet, ainsi que la célébration de la naissance des
alliés d’Allah (walîs) ?
Réponse
Sheikh `Atiyyah Saqr, ancien président du Comité de Fatwa d’Al-Azhar Ash-Sharîf,
dit à ce sujet :
Comme l’a souligné le professeur Hasan As-Sandûbî, les historiens ne connaissent
pas d’antécédent à la célébration de la naissance du Prophète par les Fatimides.
Ils faisaient alors en Egypte une grande célébration de cet évènement,
accompagnée de la distribution de beaucoup de pâtisseries, comme le rapporte
Al-Qalqashandî dans son livre Subh Al-A`shâ.
Les Fatimides faisaient également une célébration de la naissance d’un certain
nombres de personnages issus des gens de la Demeure Prophétique. Al-Maqrîzî dit
qu’ils ont également célébré la naissance de Jésus. La célébration de la
naissance (Mawlid) du Prophète fut suspendue en 488 A.H., c’est le cas également
pour les autres Mawâlid qui étaient alors célébrés. En effet, le Calife Al-Musta`lî
Billâh prit pour vizir Al-Afdal Shahinshâh, le fils du Commandant des troupes
Badr Al-Jamâlî. Ce vizir fut un homme puissant qui ne contredisait pas Ahl
As-Sunnah, selon Ibn Al-Athîr (cf. son livre Al-Kâmil, v. 8, p. 302). Il en fut
ainsi jusqu’à ce que Al-Ma’mûn Al-Batâ’ihî devienne vizir. Il émit un décret
officiel pour distribuer des aumônes le 13 Rabî` Al-Awwal en 517 A.H.. Ces
aumônes furent distribuées par les soins de Sanâ’ Al-Malik.
Avec l’arrivée de la dynastie ayyoubide, furent abolies toutes les traces des
fatimides. Cependant, les familles continuèrent à faire des célébrations privées
à l’occasion du Mawlid du Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui. Puis au
début du septième siècle après l’Hégire, cette célébration devint officielle
dans la ville de Irbil, par un décret de son prince Mudhaffar Ad-Dîn Abû Sa`id
Kawkabrî Ibn Zayn Ad-Din `Alî Ibn Tabkatkin - un sunnite qui donna une grande
importance au Mawlid, si bien qu’il dressa de grandes tentes, soutenues par des
structures en bois, dès le début du mois de Safar [1], décorées par les plus
beaux ornements, on y trouvait des chants et des moyens de divertissement. Il
donnait un congé aux gens à cette ocassion pour qu’ils profitent de ces
manifestations.
Les tentes s’étendaient depuis la Porte de la Citadelle (Bâb Al-Qal`ah) jusqu’à
Al-Khâniqah. Mudhaffar Ad-Din avait coutume de descendre après la prière d’Al-`Asr
et se tenait devant chaque tente, écoutant le chant et observant ce qui s’y
trouve. La célébration du Mawlid avait lieu tantôt le 8 du mois, tantôt le 12 du
mois, et deux jours avant la célébration, on sortait des chameaux, des vaches et
des moutons, accompagnés de festivités sur leur trajet vers la place centrale où
ils étaient sacrifiés, puis cuisinés pour le peuple.
Ibn Al-Hâjj Abû `Abd Allâh Al-`Abdarî dit que la célébration était répandue en
Egypte à son époque et critiqua les innovations qui s’y produisaient (Al-Madkhal
v. 2, p. 11-12). De nombreux ouvrages furent composés au sujet du Mawlid pendant
le 7e siècle A.H., par exemple la Qissah d’Ibn Dihyah (décédé en Egypte en 633
A.H.), et aussi des écrits de Muhyiddîn Ibn `Arabî (décédé à Damas en 638 A.H.),
Ibn Taghrabak (décédé en Egypte en 670 A.H.), Ahmad Al-A`zalî et son fils
Muhammad (décédé à Sabtah en 677 A.H.).
Etant donné que les innovations s’étaient répandues dans les Mawâlid, elles
furent désapprouvés par les savants, certains ont même désapprouvé l’origine de
la célébration du Mawlid. Parmi ceux-là, nous comptons le juriste Malékite
Tâjuddîn `Omar `Alî Al-Lakhmî d’Alexandrie, connu sous le nom d’Al-Fakahânî,
décédé en 731 A.H.. Il écrivit à ce sujet son épître Al-Mawrid fil-Kalâm `alâ
Al-Mawlid, épître citée intégralement par As-Suyûtî dans son livre Husn
Al-Maqsid [2].
Puis Sheikh Muhammad Al-Fâdil Ibn `Ashûr dit : au 9e siecle A.H., les gens
furent partagés, certains l’autorisant, d’autres l’interdisant. Parmi ceux qui
l’appréciaient il y a As-Suyûtî, Ibn Hajar Al-`Asqalâni, Ibn Hajar Al-Haythamî,
tout en condamnant les innovations qui se sont greffées sur la célébration. Ils
basent leur opinion sur le verset : « et rappelle-leur les Jours d’ Allah » [3].
An-Nasâ’î et `Abd Allâh Ibn Ahmad [Ibn Hanbal] dans le complément du Musnad,
ainsi qu’Al-Bayhaqî dans Shu`ab Al-Imân rapportent selon Ubayy Ibn Ka`b que le
Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, interpréta « les jours d’Allâh
» par les bienfaits d’Allâh et Ses signes (cf. Rûh Al-Ma`ânî d’Al-Alûsî), et la
naissance du Prophète est un très grand bienfait.
Dans le Sahîh de Muslim selon Abû Qatâdah Al-Ansâri : Lorsque le Prophète - paix
et bénédiction d’Allah sur lui - fut interrogé au sujet du jeûne du lundi, il
dit : « C’est le jour où je suis né, c’est le jour où je fus envoyé et c’est le
jour où la révélation descendit sur moi ». Il a été rapporté selon Jâbir et Ibn
`Abbâs que le Messager d’Allah - paix et bénédiction d’Allah sur lui - naquit
l’an de l’Eléphant, un lundi, le 12 Rabî` Al-Awwal, il fut envoyé ce même mois,
l’Ascension au Ciel eut lieu de même mois, il émigra et décéda pendant ce mois
de Rabî` Al-Awwal. Le Messager d’Allah - paix et bénédiction sur lui - indiqua
que le jour de sa naissance est privilégié par rapport aux autres jours. Et le
croyant peut espérer une grande rétribution pendant un jour béni, sachant que
privilégier les œuvres qui coïncident avec les moments de la Généreuse Bonté
divine est une démarche établie avec certitude dans la sharî`ah. Ainsi, la
célébration de ce jour et l’expression de notre gratitude envers Dieu pour ce
bienfait qu’est la naissance du Prophète, et pour nous avoir guidé à sa voie,
est une chose confirmée par la jurisprudence islamique, à condition de ne pas
lui donner une forme spéciale. Il convient plutôt de propager la joie et la
bonne annonce autour de soi, en se rapprochant de Dieu par ce qu’Il a légiféré,
en informant les gens des bienfaits de ce jour, et en s’éloignant de ce qui est
illicite. Quant aux coutumes liées à la nourriture ce jour-là, elles rentrent
dans le cadre du verset : « Mangez des (nourritures) licites que Nous vous avons
attribuées » [4].
Mon opinion est qu’il n’y a pas de mal à faire cela, notamment à cette époque où
les jeunes ont bientôt oublié leur religion et leur gloire, noyés dans les
autres célébrations qui dominent tyranniquement les célébrations religieuses.
Cette célébration doit consister à méditer sur la vie du Prophète - paix et
bénédiction de Dieu sur lui - et à faire des œuvres qui immortalisent le
souvenir de la naissance du Prophète, par exemple, en construisant des mosquées
ou des instituts, ou toute autre bonne œuvre qui lie celui qui la contemple au
Messager de Dieu et à sa vie.
Partant de cela, il est autorisé de célébrer les naissances des Walîs (alliés de
Dieu), pour manifester l’amour envers eux et suivre le modèle de leur vie, tout
en s’écartant de toute chose illicite comme la mixité interdite entre les hommes
et les femmes ou le fait de profiter de la moindre opportunité pour tomber dans
l’illicite que ce soit dans les boissons, la nourriture, les compétitions ou les
divertissements, ou comme le non-respect des mosquées, ou comme les innovations
qui ont lieu dans les visites des tombes ou l’invocation de Dieu par les tombes,
en somme en s’écartant de toute entorse à la religion et tout écart à son
éthique.
Si ces transgressions sont dominantes, il est alors meilleur d’interdire ces
célébrations pour fermer une porte du mal, comme l’indique les fondements de la
sharî`ah. Si, en revanche, les côtés positifs et les bienfaits dominent, il n’y
a pas de mal à faire ces célébrations, tout en veillant à informer les gens
quant au comportement à adopter, et en encadrant les célébrations pour éviter ou
limiter au mieux les côtés négatifs. En effet, beaucoup de bonnes œuvres sont
polluées par certaines transgressions, et chacun doit appeler au bien et
interdire le blâmable par les moyens licites (cf. volume 4 de l’encyclopédie de
la Famille sous les soins de l’islam).
Az-Zurqânî dit dans son commentaire d’Al-Mawâhib d’Al-Qastillânî : « Ibn
Al-Jazrî, l’Imâm des lectionnaires coraniques, décédé en 833 A.H., commenté la
tradition rapportée par Al-Bukhâri et d’autres au sujet d’Abû Lahab selon
laquelle il fut si heureux par la naissance du Messager qu’il affranchît
Thuwaybah son esclave quand elle lui annonça la bonne nouvelle ; et que pour
cela Allah allégea son châtiment en Enfer. Il [Ibn Al-Jazrî] dit : "Si le
mécréant condamné dans le Coran, fut rétribué en Enfer pour avoir été heureux
pour la naissance du Prophète, qu’en est-il du musulman, le Muwahhid
(monothéiste) de sa communauté, qui éprouve un bonheur pour sa naissance et fait
tout ce qu’il peut pour son amour."
Le savant-mémorisateur Shamsuddîn Muhammad Ibn Nâsir dit :
Si pour un mécréant condamné dont les deux mains en Enfer périront
éternellement, il est établi que le jour du lundi le châtiment lui sera allégé
pour sa joie pour Ahmad [5], que penser alors du serviteur qui, toute sa vie,
fut heureux par Ahmad et mourut en monothéiste ?
Ibn Ishâq privilégie l’opinion selon laquelle, la naissance du prophète - paix
et benediction d’Allah sur lui - eut lieu après douze nuits écoulées du mois de
Rabî` Al-Awwal de l’An de l’Eléphant. Ibn Abî Shaybah relate cette opinion selon
Jâbir et Ibn `Abbâs et d’autres. C’est une opinion répandue parmi les savants.
L’auteur de Taqwîm Al-`Arab Qabl Al-Islam, quant à lui, affirme, par des calculs
astronomiques précis, que la naissance du Prophète fut le lundi 9 Rabî` Al-Awwal,
soit le 20 avril 571 E.C..
(cf. Al-Hâwî lil-Fatâwî de l’Imâm As-Suyûtî et le magazine Al-Hidâyah publié en
Tunisie en Rabî` Al-Awwal 1394 A.H.).
Source de la fatwa en arabe : le site d’Al-Azhar.
Source de la fatwa en anglais : le site islamonline.net