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De l’avis des ténors de la musique tunisienne, tels le Dr. Salah El Mehdi, l’étoile des années 30, Habiba Msika, n’était pas vraiment pourvue d’une belle voix. Mais elle était considérée comme une diva, et même une avant-gardiste, dans la mesure où elle était plutôt un sex-symbole de ce début du 20ème siècle. Sortir sans voile en société, avoir sa propre voiture et même son propre chauffeur, se faire accompagner en permanence par ses Askar Ellil qui lui tenaient lieu de gardes du corps, et avoir du béguin pour qui elle voulait, le tout lui conférait un statut de femme assez particulière, exceptionnelle. Ajoutez le fait qu’elle était une beauté de son temps et une artiste très adulée et idolâtrée, et vous comprendrez que ses fans se comptaient par centaines.
Donc, tomber follement amoureux d’une artiste du rang de Habiba Msika était pour le moins hasardeux et risqué. Cela, le grand agriculteur juif le savait. Mais il devait se dire que tout, même les êtres humains et leurs sentiments, pouvait s’acheter avec de l’argent. Il lui offrit tout (voiture, parures, bijoux, petit chalet…) et elle ne put lui offrir que des miettes de son temps libre, tout absorbée qu’elle était par sa vie d’artiste. Une vie meublée de musiciens, de compositeurs, de paroliers, d’amis, d’admirateurs, bref de mille et un rendez-vous. Or, il la voulait pour lui seul, voulait et faisait tout pour la détacher de son monde qui l’excluait, lui, la plupart du temps.
Et ce fut à un moment de rage irrépressible, de désespoir extrême et de douleur profonde qu’il mit, un soir, le feu à la maison de son grand amour blessé. Une idole a été immolée par le feu. Et quelque 70 ans plus tard, une autre artiste, dans une situation similaire, est bombardée de balles.
Seule différence : Habiba, disait-on, était une grande beauté, sans plus. Dhikra était une grande voix, sans plus. Mais toutes deux ont été victimes de leur art et de leur célébrité.
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